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Limites de persuasions

rédigé par loligram Hors ligne - le 24 janvier 2012 à 17:33

Bonjour,j'aurais besoin de votre aide sur une dissertation...
j'ai fais une partie sur les limites de persuasions de la littérature argumentative et morale mais je n'arrive vraiment pas a argumenter mes propos.

merci d'avance

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Profil : enseignant
Disciplines enseignées : Lettres
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Limites de persuasions

réponse 1/1 par fc3a Hors ligne - le 24 janvier 2012 à 17:43

L’argumentation est une forme d’écriture qui vise à obtenir l’adhésion d’un auditeur ou d’un lecteur aux thèses qu’on présente à son assentiment. Elle a donc pour but de modifier les savoirs et les opinions d’autrui en essayant de démontrer, en s’efforçant de convaincre, en s’attachant à persuader. Décider par un débat, réfléchir sur une décision, peser le pour et le contre revient à délibérer : c’est une opération qui correspond au cas le plus abouti de l’argumentation où la confrontation d’idées et de prises de position débouche sur un jugement (individuel ou collectif).

Argumenter relève de l’usage délicat du langage tendu entre la sécurité rationnelle de la preuve et le risque de la manipulation trompeuse. C’est en principe une démarche rationnelle : en littérature, elle se situe entre la démonstration qui relève de la logique pure (de la raison) et de l’art de convaincre et de persuader qui repose sur une stratégie argumentative complexe destinée à séduire l’interlocuteur ou le lecteur, à faire appel à la fois à sa raison et à sa sensibilité.

L’argumentation peut être directe : dans ce cas elle est plus facile à reconnaître parce que l’énonciateur, le narrateur ou les personnages développent leurs points de vue. Mais elle peut être indirecte comme dans l’apologue. On peut la découvrir dans tous les genres de la littérature (roman, théâtre, poésie), qu’elle soit explicite ou implicite. Mais tout texte littéraire n’est pas argumentatif. L’art n’obéit pas toujours à une logique démonstrative à visée argumentative : il peut exprimer tout simplement « une aventure d’écriture » sans exposer des théories ou des jugements.

« Une œuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on laisse la marque du prix », Proust.

Dans un texte littéraire, il est souvent difficile de démêler l’art de persuader de l’art de convaincre : les deux sont souvent indissociables.

« Ni rire ni pleurer, mais comprendre », c’est la démarche du philosophe. En littérature, il est rare que la rhétorique des émotions ne trouve pas sa place, que l’art de convaincre et de persuader ne se combinent pas pour toucher la sensibilité aussi bien que la raison du lecteur.

On distingue traditionnellement l’art de persuader de celui de convaincre par le rôle différent attribué à la démonstration et au destinataire. Celui qui cherche à convaincre accorde la priorité aux raisons qui fondent son point de vue. Il s’attache donc essentiellement à la fiabilité et à l’organisation logique des arguments qu’il utilise et fait appel chez le destinataire, à ses facultés de réflexion. Celui qui veut persuader cherche surtout à obtenir l’adhésion à ses propres vues d’un destinataire particulier. Il fera appel à la sensibilité, aux attentes, aux opinions, voire aux préjugés de celui-ci. Son argumentation visera moins le contenu de la discussion que les dispositions affectives de son interlocuteur.


La « critique » du discours : dans le cas du texte argumentatif, c’est une lecture qui donne sens au texte à partir de l’analyse de sa stratégie argumentative. La mise en évidence du circuit argumentatif de ce texte vise à comprendre le raisonnement sous-tendu par sa logique argumentative (à l’aide, par exemple, de l’énonciation d’un syllogisme). Elle permet d’accéder au sens de façon rationnelle et d’accéder à la délibération à partir des thèses qui y sont énoncées.

La « poétique » du discours : c’est une lecture qui donne sens à un texte sans procéder de la logique argumentative. L’étude de l’art de la composition (« dispositio »), des images, des procédés d’écriture, induit une démarche plus sensible que logique. Elle prend davantage en compte la rhétorique des émotions et les procédés de l’éloquence telles les figures de rhétorique.


DEMONTRER

Démontrer : c’est par excellence la démarche scientifique, qui prouve grâce à des lois, à des théorèmes admis et non discutables. On peut parle d’objectivité du fait de la rigueur et de la logique du raisonnement. (Mde, p. 299)

La démonstration vise à établir la vérité de quelque chose d’une manière évidente et rigoureuse (démontrer une proposition, un théorème). La démonstration est une opération mentale. Elle établit une vérité à l’aide d’un raisonnement logique qui s’appuie parfois sur des preuves et se présente comme la suite finie d’énoncés dont le premier est un axiome et chacun des suivants est obtenu à partir du précédent par une déduction logique. Elle procède du simple raisonnement et ne vise pas forcément l’adhésion d’un interlocuteur ou d’un lecteur. C’est une opération de l’esprit qui procède d’un esprit scientifique ou philosophique. Les textes à visée essentiellement démonstrative ne sont pas des textes littéraires.

La démonstration consiste à développer, à partir d’une affirmation initiale admise comme vraie, un raisonnement déductif qui tend à prouver, par des opérations logiques, la vérité de la conclusion. Elle permet de vérifier la proposition du sujet, de la thèse, des arguments, de passer d’une loi à son application. Cette opération mentale vise à établir une vérité, elle s’appuie sur des arguments et des exemples qui en vérifient les principes et les applications. La cohérence du raisonnement impose de manière impersonnelle cette vérité qui doit être admise par tous. Cette opération de l’esprit se déroule hors de tout autre contexte que celui de son propre système : la logique est sa méthode, le calcul son moyen, comme dans le cas de la démonstration mathématique. Pourtant, toute vérité n’est pas rationnellement démontrable. Démontrer cède alors le pas à argumenter.

« Différence entre l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse », Pascal, Pensées, Section 1

2. […]« Il y a donc deux sortes d’esprits : l’une de pénétrer vivement et profondément les conséquences des principes, et c’est là l’esprit de justesse ; l’autre de comprendre un grand nombre de principes sans les confondre, et c’est là l’esprit de géométrie. L’un est force et droiture d’esprit, l’autre est amplitude de l’esprit. Or l’un peut bien être sans l’autre, l’esprit pouvant être fort et étroit, et pouvant être aussi ample et faible.

3. Ceux qui sont accoutumés à juger par le sentiment ne comprennent rien aux choses de raisonnement, car ils veulent d’abord pénétrer d’une vue et ne sont point accoutumés à chercher les principes. Et les autres, au contraire, qui sont accoutumés à raisonner par principes, ne comprennent rien aux choses de sentiment, y cherchant des principes et ne pouvant voir d’une vue. » [Pascal entend par sentiment ce que Descartes appelait intuition ou évidence, la vue immédiate qui saisit l’unité et l’intégralité d’un objet]

« Mais les esprits faux ne sont jamais ni fins ni géomètres »…


CONVAINCRE ET PERSUADER

Convaincre et persuader tiennent à l’effet produit sur celui à qui on s’adresse : ils constituent deux grandes visées de l’argumentation et concernent au premier chef le destinataire dont on cherche à conquérir l’adhésion.

L’auteur d’un discours argumentatif s’efforce d’entraîner l’adhésion de celui à qui il s’adresse. Quand il s’adresse à sa raison à l’aide d’arguments pour justifier sa thèse et d’exemples pour appuyer son argumentation, le tout articulé par des termes de liaison (ou connecteurs) pour exprimer des rapports logiques, sans recourir à des procédés littéraires pour émouvoir son destinataire, l’énonciateur use davantage de la conviction, de l’art de convaincre. Quand il cherche à provoquer l’émotion, en faisant appel aux sentiments ou aux passions du lecteur ou de l’auditeur, faisant en sorte que son destinataire se sente concerné par le discours, utilisant des procédés littéraires ou des arguments « ad hominem » par exemple pour renforcer son argumentation, il use davantage de la persuasion, de l’art de persuader.

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